Un projet contesté pour Saint-Pierre-et-Miquelon
La sénatrice de Saint-Pierre-et-Miquelon, Annick Girardin, ancienne ministre des Outre-mer, a adressé une lettre urgente au président Emmanuel Macron. Son message est clair : elle dénonce un projet qui pourrait être perçu comme un « abandon manifeste » de la souveraineté française sur l'archipel. Le cœur de l'alerte concerne un transfert potentiel du contrôle d'une partie de l'espace aérien de Saint-Miquelon au Canada.
Les détails du projet controversé
Dans sa lettre consultée par l'Agence France-Presse (AFP), Annick Girardin révèle avoir été informée « de manière fortuite » mi-décembre de ce projet. Il est question d'une zone d'approche située en dessous de 6.000 pieds (soit 1.800 mètres), qui pourrait être confiée au Canada. Les motivations avancées sont « essentiellement administratives et techniques ». Pourtant, la sénatrice estime que de telles décisions ne peuvent se décider en dehors de la vue des élus locaux et sans un débat public approprié.
« On ne sous-traite pas sa souveraineté »
La réaction d'Annick Girardin est ferme : « On ne sous-traite pas sa souveraineté ». Elle qualifie une telle décision de « signal incompréhensible de renoncement de la France à l'exercice plein de ses droits souverains dans la zone ». Pour elle, cette cession, même partielle, serait vécue localement comme une perte de contrôle et une diminution de l'autorité française sur ses territoires ultramarins.
Un parallèle avec la crise du Groenland
La sénatrice fait également un parallèle avec la situation tendue qui prévaut entre la France et les États-Unis concernant le Groenland. Dans ce contexte de tensions croissantes sur la question de la souveraineté et de l'influence stratégique, Annick Girardin estime que la France ne peut se permettre de donner des signes qui pourraient être interprétés comme un affaiblissement de son autorité.
Elle s'interroge : « Comment prétendre défendre notre influence diplomatique, notre crédibilité stratégique […] si nous ne sommes pas en mesure de protéger nos propres territoires ? ». Cette question soulève l'importance capitale que revêt la souveraineté, non seulement sur le plan international, mais aussi dans les relations entre la métropole et ses territoires d'outre-mer.
Un enjeu pour l'archipel
La question du contrôle de l'espace aérien n'est pas neutre pour Saint-Pierre-et-Miquelon. L'archipel, qui a obtenu un statut de collectivité d'outre-mer en 2003, entretient des liens étroits avec le Canada, tant géographiques que historiques. Le risque perçu par Annick Girardin est que ce transfert de contrôle renforce l'image d'une dépendance, voire d'une assimilation, qui heurterait le sentiment d'appartenance à la République française.
Les réactions et les prochains pas
Aucune confirmation officielle n'a été donnée concernant ce projet de transfert de contrôle aérien. L'administration française compétente, le ministère de l'Outre-mer, n'a pas encore commenté publiquement. Cependant, la lettre d'Annick Girardin soulève une alerte qui ne pourra être ignorée par le gouvernement. La question se pose de savoir si ce projet est une option sérieusement envisagée, et si oui, quelles sont les raisons profondes qui l'orienteraient.
Les élus de Saint-Pierre-et-Miquelon attendent des clarifications. La sénatrice a également sollicité l'appui des parlementaires, en particulier ceux qui siègent au sein du groupe de l'Union des démocrates et indépendants (UDI), auquel elle appartient. L'objectif est de faire blocker ce projet, s'il existe réellement, et de défendre l'intégrité de la souveraineté française sur l'archipel.
Un dialogue indispensable
Cette situation souligne la nécessité d'un dialogue constant et transparent entre le gouvernement français et les élus des territoires d'outre-mer. Les questions de souveraineté, qu'elles concernent l'espace aérien, le maritime, ou d'autres domaines, méritent une attention particulière et une concertation approfondie. Saint-Pierre-et-Miquelon, avec sa population d'environ 6.000 habitants, est une composante essentielle de la France, et sa place dans la République doit être assurée par une pleine reconnaissance de sa souveraineté.